BlogPremium
RSS
RSS comm
 En cette période électorale, nos hommes politiques -qu'ils aient fait l'ENA ou soient avocat- font tous appel à d'habiles plumes pour leur écrire leurs discours. Exprimer ses idées lors d'un dîner entre amis est une chose, le faire à la télévision en est une autre. Comme Thucydide le rappelait à Périclès: "L'homme qui sait penser et ne sait pas exprimer ce qu'il pense est au niveau de celui qui ne sait pas penser". Le discours politique est soumis à des règles qui vingt siècles plus tard sont toujours valables.

L'homme politique est seul ....
On notera 3 moments de communication différents:
 - La communication interpersonnelle  dit en face à face. Par exemple un dîner entre amis. La communication est alors verbale et non verbale .
- La communication à distance entre une personne et un public. Par exemple un meeting. La communication est alors verbale et non verbale.
- La communication télévisuelle entre une personne et un public télévisé. La communication est constituée de paroles et d'images.

La communication télévisuelle est alors la plus difficile, car elle ne permet pas à l'homme politique de réajuster son discours en fonction des réactions de son public . A la différence d'un discours de meeting ou l'homme politique doit amplifier sa voix et ses gestes, tout ce qui est excessif doit être gommé pour ne pas être rejeté (Voilà pourquoi il est difficile à une homme politique comme Nicolas Sarkozy d'être à la fois dans le show comme au théâtre lors d'un meeting, et d'être à l'opposé à la télévision). Le débit des mots doit rester à une vitesse entre 140 à 170 mots à la minute. La gestuelle doit être sobre et le contenu du message simple. Enfin, une véritable improvisation relèverait de l'inconscience. C'est là qu'apparaissent les journalistes qui permettent ainsi de modifier ce sentiment de solitude. C'est pourquoi le téléspectateur qui ne peut pas être physiquement présent à tendance à se projeter sur le journaliste et à l'accuser -comme j'ai pu le voir lors de l'intervention de Ségolène Royal sur TF1- de ne pas poser la bonne question.

Il utilise un registre émotionnel et non rationnel...
Alors que l'écrit et les discours de meeting laissent le temps de développer des arguments logiques dits rationnels selon lesquels 1+1=2, la télévision favorise un discours émotionnel où pour convaincre, il ne faut pas démontrer mais montrer. Les hommes politiques utilisent alors des "flashs". Ce qui compte c'est l'impression laissé au téléspectateur. De quoi se souviennent bon nombre de français du passage télévisé de Ségolène Royal sur TF1? Le moment où elle s'est approchée pleine de compassion de la personne handicapée en fauteuil. Cette forme de communication ne met alors pas en avant ce qui est vrai, mais ce qui est vraisemblable.

Il n'élève pas le niveau culturel des Français.
La règle d'or est que le téléspectateur, ou plus globalement l'interlocuteur, n'est pas celui qui doit faire l'effort de compréhension. Les études menées depuis les années 1950 montrent qu'il existe sur le million de mots de la langue française, un "stock" de 2000 mots que tous les Français connaissent. C'est dans ce vocabulaire de tous les jours que les plumes de nos candidats doivent puiser pour expliquer des notions complexes avec des mots simples. Pour paraître à la fois spécialiste/crédible et compréhensible, on parle de la règle des 20/80: 80% de mots du français quotidien + 20% de vocabulaire plus spécialisé. Il faut ajouter un dernier "vocabulaire" : les "tics verbaux" qui vont permettre d'identifier l'orateur. C'est le cas du célèbre "je vous le dit comme je le pense" de Nicolas Sarkozy.

Face à la règle des 4P en marketing, on notera la règle des 4C du discours politique: Clair, court, cohérent, crédible.
Le message doit être clair: c'est à dire accessible à tous les français.
Court: le discours télévisuel étant par nature court.
Cohérent: Dur de faire cohérent en utilisant le registre émotionnel et non rationnel. Il s'agit alors de ne pas donner l'impression d'hésiter. D'offrir des certitudes même temporaires.
Crédible: Cette crédibilité dépend à la fois du contenu et de la personne qui le prononce. Ainsi on fera plus confiance en Michèle Alliot Marie qu'en Ségolène Royal pour parler d'une politique de Défense, peu importe les compétences de cette dernière. Je me demande à ce sujet si le fait d'être une femme n'est pas encore de nos jours un facteur de non crédibilité pour accéder au poste de président de la république française.

En cherchant à répondre à toutes les attentes, son discours peut sembler vide.
L'homme politique est comme un produit ,qui pour séduire, doit répondre aux attentes d'un citoyen consommateur. Le discours le plus vide est alors celui qui fait le moins peur. C'est le piège dans lequel est tombé Ségolène Royal, qui en voulant satisfaire tout le monde a donné l'impression d'être démagogue. Le succès d'un bon discours réside alors dans un équilibre difficile qui demande beaucoup de temps de préparation dont les hommes politiques en campagne manquent. Voilà pourquoi, même s'ils sont brillants, auront toujours besoin de bonnes plumes telles que Henri Gueno qui a mis du Blum et du Jaurès dans les discours de Nicolas Sarkozy.

Source d'inspiration: Gouverner c'est paraître de Jean-Marie Cotteret

Commentaires
Encore un billet passionnant, pour moi qui m'intéresse à la campagne électorale tant sur la forme que sur le fond.
Posté par RoseNoire le 06/03/2007 à 17:54:00
Je suis positivement impressionné par cette analyse. C'est clair, concis, cohérent et crédible. Je vais maintenant regarder les discours d'un autre oeil. Rétrospectivement, et au risque de paraitre monomaniaque, je trouve que JP Raffarin a été vraiment impressionant... les 4 C, je me demande si je ne vais pas utiliser ça dans mes cours !
Posté par St?ane le 04/03/2007 à 23:42:00