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Merci madame Simone Veil pour ce que vous avez fait pour nous toutes. J'ai beaucoup d'admiration pour vous, pour votre humanisme et votre investissement sans faille pour la cause des femmes. Dur pour moi qui n'ai pas connu ce combat de réaliser que l'avortement n'est légal en France que depuis si peu de temps. Nos propres mères ont vécu dans leur vie de couple ce passage à la légalisation.
Du livre "La touche étoile" de la féministe Benoite Graoult (où elle raconte sur le ton de l'allégresse sa vie, de son combat pour l'avortement à son militantisme actuel pour l'euthanasie) j'ai surtout était marquée par les extraits où elle parle des avortements auxquels elle a été confrontée. Excusez moi par avance pour cet extrait, il n'y a que la réalité qui soit dure à lire : " Je vais te dire une drôle de chose, Hélène: toutes ces aiguilles multicolores et nouées d'un brin de laine décolorée, elles ne me rappelaient pas le point de riz ou les torsades, si difficiles à réussir. Mais ...l'avortement. Nos avortements. Le tien, unique il me semble, et tous les miens. Il m'en restait une, de celles qui pouvaient servie à ça, en métal peint de couleur layette avec le bout argenté et bien arrondi. Celles en bakélite étaient souvent trop pointues. Et je t'ai revue soudain sur ton grand lit, te confiant à mes compétences incertaines; et moi, à genoux sur le tapis, cherchant à faire coulisser la sonde de caoutchouc, en tâtonnant pour qu'elle glisse le long de l'aiguille vaselinée et pénètre en douceur, en douceur surtout, dans le col de cette cavité maudite de l'utérus qui pouvait chaque mois bouleverser nos vies. On n'imagine pas, on n'imagine plus la détresse qui était la nôtre quand nous tombions enceintes. N'importe quoi on aurait tenté. N'importe quoi ! Toutes, les riches et les pauvres, les adolescentes et les femmes qui se croyaient ménopausées, les putes et les sages qui n'avaient couché qu'une fois et qui étaient "prises", les abandonnées et les mères de cinq enfant déjà, toutes, prêtes à se faire trafiquer par n'importe qui, n'importe comment, à n'importe quel prix. Et nos maris, Adrien et Victor, résignés à cette fatalité féminine, nous attendant dans la pièce à côté, ton beau salon si honnête et cossu, à la fois coupables, honteux, furieux, terrorisés, mais déterminés comme nous. Je suis encore émue, ma petite Minnie, que tu aies osé mettre ta vie entre les mains de ta grande-soeur qui n'avait jamais pratiqué que sur elle-même deux ou trois fois, et qui s'était contentée de potasser les livres d'anatomie laissés par son premier mari. J'avais gardé deux de ces aiguilles pour le cas où...et en fait, après toi, je ne m'en suis plus servie qu'une seule fois, pour moi.Et quand il a été question, pour Marion, d'avortement(20 ans plus tard et on se trouvait toujours au même point, tu te rends compte?) eh bien là, je n'ai pas pu.[...] Et hier je regardais cette aiguille avec un sentiment d'horreur rétrospective et je disais une nouvelle fois "merci Simone, qui nous a délivrées. Sois bénie entre toutes les femmes et par toutes les femmes. Amen" " Au delà du fait qu'elle ait décidé de soutenir Nicolas Sarkozy (vidéo ici) pour cette élection présidentielle, je voulais rendre hommage à cette grande dame. | |
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