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Avant de rencontrer pour la 1ère fois Jean-Marie Le Pen à la journée organisée par le magazine ELLE à Sciences-PO, je savais déjà que Le Pen et moi, nous n'étions pas compatibles. Le ségrégation raciale et moi, ça fait 2 .... je savais aussi qu'il avait des opinions d'un autre temps sur les femmes mais je ne pensais pas sortir si renforcée dans mon choix. On m'avait dit que c'était un superbe orateur et qu'il savait embobiner son monde, en tout cas les 600 femmes ne se sont pas laissées séduire par ses paroles, bien au contraire.
Déjà le contexte: à l'extérieur de Sciences-Po, les étudiants lui ont préparé un accueil un peu mouvementé. Et là, il ne trouve pas meilleure chose à faire que d'envoyer en 1er sa fille Marine et sa petite fille (adolescente) lui frayer un passage. Je veux bien que l'on croit que ce soit de la galanterie, je pense plutôt que c'est -comme l'ont déjà dit d'autres analystes- sa stratégie politique pour montrer un autre visage du Front National qui peut paraître mon agressif (je dis qui peut paraître, car pour avoir parlé à Marine Le Pen ce jour là, je peux vous dire que la plus ferme des deux, c'est elle).
Le best off des paroles de Le Pen ce jour là: - " Sur la question de la race, mon second était noir, j'ai présenté un arabe en 1954 et un musulman en 1986, faites mieux" - Pour répondre à une question d'une femme sur ce qu'il propose pour que les couples puissent faire garder leurs enfants plus facilement (ce qui sous-entend que ce sujet touche autant les pères que les mères) "Vous avez mesdames de ce côté de la vie un handicap social" - Sur la parité et notamment au sein des instances politiques comme au gouvernement sa réponse est "sûrement pas" - Sur sa position sur le préservatif, où 64% des 200 000 femmes interrogées se disent pour le préservatif gratuit, il propose à chaque homme de faire appel au "manu-militari" c'est à dire à la masturbation ! - Sur l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, sa réponse est déjà de vérifier s'il y a une égalité d'horaires de présence entre les hommes et les femmes. Cet argument est odieux, car il suppose que les femmes travaillent moins que les hommes. De plus, tous les salariés ne sont pas payés au nombre d'heures qu'ils réalisent mais à la réalisation de leurs objectifs comme pour les cadres. C'est d'ailleurs là que le plus souvent les femmes n'arrivent pas à franchir le "plancher de verre" et voient leur salaire s'éloigner de celui des hommes (environ 15 à 20%)
Sans parler de sa position pour rétablir la peine de mort (ici) ...... bref, cet homme vieillissant a fait son temps. Il n'a pas sû écouter les attentes des nouvelle génération de femmes (depuis 1968 on lui a laissé du temps!). Je pense que cela n'est pas lié à ses problèmes d'audition très présents ce jour là. Sur ma vidéo (ici) sur le thème de la parité au gouvernement, on voit en effet Valérie Toranian (directrice de la rédaction de ELLE) répêter la question posée par une femme, comme a aussi dû le faire Laurence Ferrari pour la majorité des questions cf photo du haut où l'ont voit le candidat tendre l'oreille.
En tout cas, pour conclure cette journée, Laurence Ferrari qui a sû garder son calme et son professionnalisme nous a confié que pour elle c'était "un acte particulièrement difficile d'accueillir Jean-Marie Le Pen". Je pense que son attitude digne était la bonne puisqu'elle a permis aux femmes présentes d'entendre pour une fois les positions rétrogrades de cet homme sur la condition féminine. Je récuse alors l'atttitude des étudiants de Sciences-PO qui ont manifesté et lui ont à cette occasion donné l'occasion de paraître pour ce qu'il adore: une victime. C'est en effet les images qui ont été reprises le soir même au journal de 20 heures.... Puisque c'est dans l'adversité qu'il trouve sa force, la meilleure façon de faire et de l'inciter à dire ce qu'il pense (notamment sur les sujets de société), et dans ce cas là, en général il préfère se taire. Par exemple il n'a pas souhaité indiquer sa position sur l'IVG lorsque Laurence Ferrari lui a indiqué que 54% des 200 000 femmes questionnées étaient pour l'alongement du délai d'IVG de 12 à 16 semaines de grossesse (puisque comme vous le savez il est contre l'avortement). J'étais tiraillée entre le fait de passer sous silence cet épisode de ma journée pour ne pas à nouveau lui faire de la publicité, j'ai préféré vous faire partager ses opinions qui me révoltent car elles touchent au respect de l'être humain. En espérant qu'il ne soit pas présent au second tour le 22 avril .....
Merci madame Simone Veil pour ce que vous avez fait pour nous toutes. J'ai beaucoup d'admiration pour vous, pour votre humanisme et votre investissement sans faille pour la cause des femmes. Dur pour moi qui n'ai pas connu ce combat de réaliser que l'avortement n'est légal en France que depuis si peu de temps. Nos propres mères ont vécu dans leur vie de couple ce passage à la légalisation.
Du livre "La touche étoile" de la féministe Benoite Graoult (où elle raconte sur le ton de l'allégresse sa vie, de son combat pour l'avortement à son militantisme actuel pour l'euthanasie) j'ai surtout était marquée par les extraits où elle parle des avortements auxquels elle a été confrontée. Excusez moi par avance pour cet extrait, il n'y a que la réalité qui soit dure à lire : " Je vais te dire une drôle de chose, Hélène: toutes ces aiguilles multicolores et nouées d'un brin de laine décolorée, elles ne me rappelaient pas le point de riz ou les torsades, si difficiles à réussir. Mais ...l'avortement. Nos avortements. Le tien, unique il me semble, et tous les miens. Il m'en restait une, de celles qui pouvaient servie à ça, en métal peint de couleur layette avec le bout argenté et bien arrondi. Celles en bakélite étaient souvent trop pointues. Et je t'ai revue soudain sur ton grand lit, te confiant à mes compétences incertaines; et moi, à genoux sur le tapis, cherchant à faire coulisser la sonde de caoutchouc, en tâtonnant pour qu'elle glisse le long de l'aiguille vaselinée et pénètre en douceur, en douceur surtout, dans le col de cette cavité maudite de l'utérus qui pouvait chaque mois bouleverser nos vies. On n'imagine pas, on n'imagine plus la détresse qui était la nôtre quand nous tombions enceintes. N'importe quoi on aurait tenté. N'importe quoi ! Toutes, les riches et les pauvres, les adolescentes et les femmes qui se croyaient ménopausées, les putes et les sages qui n'avaient couché qu'une fois et qui étaient "prises", les abandonnées et les mères de cinq enfant déjà, toutes, prêtes à se faire trafiquer par n'importe qui, n'importe comment, à n'importe quel prix. Et nos maris, Adrien et Victor, résignés à cette fatalité féminine, nous attendant dans la pièce à côté, ton beau salon si honnête et cossu, à la fois coupables, honteux, furieux, terrorisés, mais déterminés comme nous. Je suis encore émue, ma petite Minnie, que tu aies osé mettre ta vie entre les mains de ta grande-soeur qui n'avait jamais pratiqué que sur elle-même deux ou trois fois, et qui s'était contentée de potasser les livres d'anatomie laissés par son premier mari. J'avais gardé deux de ces aiguilles pour le cas où...et en fait, après toi, je ne m'en suis plus servie qu'une seule fois, pour moi.Et quand il a été question, pour Marion, d'avortement(20 ans plus tard et on se trouvait toujours au même point, tu te rends compte?) eh bien là, je n'ai pas pu.[...] Et hier je regardais cette aiguille avec un sentiment d'horreur rétrospective et je disais une nouvelle fois "merci Simone, qui nous a délivrées. Sois bénie entre toutes les femmes et par toutes les femmes. Amen" " Au delà du fait qu'elle ait décidé de soutenir Nicolas Sarkozy (vidéo ici) pour cette élection présidentielle, je voulais rendre hommage à cette grande dame.
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