J'imagine tout de suite le regard étonné, voire le sourire de certains lecteurs de ce blog. Non ce n'est pas un poisson d'avril. Oui, le téléphone pour les personnes malentendantes et sourdes, c'est possible mais pas encore accessible au plus grand nombre en France. Il faut savoir que lors lorsque Graham Bell invente le téléphone, il a tout de suite pensé que cela serait un outil indispensable pour sa soeur qui était sourde. Il n'a pas imaginé un instant que cet outil serait jusqu'à aujourd'hui un nouvel outil d'exclusion.
Il ne tient qu'à nos décideurs politiques que cela devienne un outil d'égale indépendance.
L'UNISDA (fédérant les principales associations nationales représentative des publics de personnes sourdes ou malentendantes en France) organisait le mercredi 28 et jeudi 29 mars une présentation en situation réelle des centres relais. Je remercie son président Jérémie Boroy d'être à l'origine de cette excellente initiative.
J'ai alors fait le test en temps réel d'une communication téléphonique avec une personne malentendante via l'interprète d'un centre relais. Pour ce test, c'est un centre relais des Etats-Unis de l'entreprise VIABLE a accepté de consacrer gratuitement 2 interprètes pendant ces 2 journées pour présenter ce mécanisme au public français. Il faut savoir que l'accès au téléphone est déjà effectif aux Etats-Unis et en Suède. C'est un outil indispensable pour l'autonomie des personnes malentendantes ou sourdes, tant dans leur vie personnelle (comment prendre un rendez-vous chez un docteur par exemple sans téléphone?) que dans leur vie professionnelle et en cas d'urgence (comme alerter si l'on fait un malaise chez soi ?). La personne sourde avec qui je communiquait était américaine et vit en France depuis 14 ans (elle s'est mariée à un Français) et s'est trouvée du jour au lendemain dans l'impossibilité de téléphoner à sa famille, à ses amis comme elle le faisait auparavant aux Etats-Unis.
Elle m'a expliqué que des tests avaient été effectués par France Télécom dans ce sens, mais à l'époque avec le minitel. Suite à l'arrivée d'internet et de la loi de 2005, il a été demandé à France Télécom d'orienter son test vers cette technologie plus moderne avec notamment la possibilité de la visio. Ce 1er test avec le minitel (non concluant car uniquement ouvert à 50 personnes en France) s'est alors terminé en mai 2006, et n'a jamais été remplacé depuis. La coopérative d'intérêt collectif Web Sourd a travaillé avec France Télécom sur un projet de visioconférence avec interprètes, mais pour des raisons de financement cette pratique reste limitée. Ils demandent en effet aux entreprises ou aux administrations de prendre à leur charge des frais. 10 préfectures ont notamment déjà souscrit à ce partenariat. Il faut savoir que la loi de 2005 oblige notamment les administrations a être accessible de façon égale à tous les publics.
La question est alors double: - Comment se positionnent les candidats à la présidentielle sur le financement de ces centres relais? La question n'est pas tant dans le fait qu'ils soient pour ou contre les centres relais. Qui pourrait être contre? Mais la question porte plus sur le financement de ces centres. Doit-il être pris en charge par les opérateurs téléphoniques,ou uniquement par les personnes utilisant ce service, ou par tous les abonnés Français? le choix américain a été de faire payer à tous leurs abonnés une cotisation de solidarité d'environ 50 centimes d'euros annuel (d'après web sourd) qui a permis un accès pour tous à ce service. Le choix de la Suède a été de mettre en place un impôt supplémentaire. - Il faudra aussi en parallèle penser à la formation d'interprètes professionnels qui vont travailler dans ces centres relais. Il n'y a en France que 200 interprètes professionnels, alors qu'il faut compter 1 interprète opérateur pour 50 appels.
A savoir que cette technologie peut être mise en place facilement via internet sur un ordinateur portable, sur une vieille télévision(cf photo de gauche), ou via un téléphone portable 3G. Pour ce qui est des appels d'urgence ouvert à tous, aux Etats Unis a été mis en place un numéro d'urgence, le 911 qui permet ensuite aux services d'urgence de localiser votre adresse IP via le GPS intégré à votre portable.
Je vous laisse enfin découvrir via cette vidéo perso, comment cela fonctionne:
1- La personne sourde ou malentendante (sur la vidéo au 1er plan) contacte l'opérateur interprète. Elle lui transmet via la visio les numéros de la ligne téléphonique de la personne qu'elle souhaite contacter. 2- L'interprète valide le numéro à contacter en le présentant sur un tableau blanc à la personne sourde ou malentendante. Elle lui signifie qu'elle a effectué la numérotation et attend la connexion (symbolisée en LSF par ces deux index qui se touchent). 3-La personne entendante décroche son téléphone (ici portable. Pour cet essai, la personne contactée est à côté dans la même pièce). Elle personne contactée parle en direct avec l'interprète, qui elle transmet en direct les informations reçus à la personne malentendante ou sourde. Bien entendu, cette situation peut être effectuée en sens inverse. Par exemple une personne entendante peut contacter une personne sourde ou malentendante via cette interprète.
J'ai été surprise par la rapidité de l'interprète. Nous n'avons pas du tout l'impression d'avoir des blancs dans la conversation. Je n'attends maintenant plus qu'une chose: que cet outil soit rapidement mis en place par le prochain gouvernement. Cela me parait anormal que vu l'efficacité et la simplicité de cet outil, cela ne soit pas déjà le cas !
Dans un contexte ou l'emploi est la priorité N°1 des français, cet outil est indispensable notamment pour que les personnes sourdes ou malentendantes qui travaillent soient plus autonomes. Imaginez un docteur sourd, un enseignant sourd, un homme politique sourd ....oui cela vous étonne, et bien pourquoi pas ? cela existe dans d'autres pays . Comment prendriez vous rendez-vous avec votre dentiste s'il était sourd ? Le handicap n'en sera plus un quand on ne considérera plus les personnes handicapées comme des ayants droit mais comme des citoyens à part entière. Quand les personnes handicapées auront accès à tous les postes de responsabilité pour leurs connaissances et non comme représentantes des publics handicapés.