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* Photos perso prises ce jeudi 19 à 7h30 (photo 1 Paris Porte Maillot) et à 11heures (photo 2 village de Chablis)

Alors que jeudi matin je participais à la Flash Mob
des blogueurs en campagne sur le périphérique parisien (oui, je sais, flash mob' cela fait plus branché et plus marketing positif que manif', mon petit côté bobo de droite comme on me dit parfois :), Rémy m'a posé une question qui m'a un peu interloquée pour un podcast sur mes impressions sur cette flash mob: " Donc c'est un message à la France qui se lève tôt ?".

Il m'a semblé que le message qui allait avec cette expression avait évoluée dans le temps. Souvenez vous, cette expression est née il y a environ 1 an et demie, quand Nicolas Sarkozy lance sa campagne pour "La France d'après" un samedi matin lors de l'accueil mensuel des nouveaux adhérents UMP qu'il avait initié. La France d'après c'est l'apéritif de "Ensemble tout devient possible " .

Il est bien connu qu'une campagne se passe en 2 temps:
- Montrer sa différence. C'est en général le rôle du 1er tour où l'on montre sa différence vis à vis des autres candidats
-Puis rassembler au second tour.

Nicolas Sarkozy a commencé bien avant car sa "différence" à lui, ce n'est pas de marquer sa différence entre les riches et les pauvres comme le fait Ségolène Royal ou entre les Français des villes et les français des champs comme le fait François Bayrou. Cette différence symbolise bien l'opposition par rapport aux autres candidats car Royal veut représenter "les pauvres" et bayrou "les Français des champs".  La différence de Nicolas Sarkozy réside dans le fait qu'il doit se démarquer du bilan du gouvernement Chirac ....Souvenez vous, son expression favorite était " rupture" et son livre " Libre". Voilà pourquoi Nicolas Sarkozy dès qu'il a remis l'UMP en ordre de marche a focalisé sa communication sur sa différence par rapport au gouvernement sortant. Il avait alors un temps d'avance et dès le 1er tour il a pu jouer le rassemblement avec le slogan " Ensemble tout devient possible". Un slogan qui pourra peut-être évoluer au 2ème tour, mais qui est déjà un bon slogan de deuxième tour. Cela donne une impression de stabilité à sa communication par rapport par exemple à celle de Royal qui est passée par plusieurs phases en trop peu de temps.


Dans cette vidéo "La France d'après" Nicolas Sarkozy prête sa voix et dit "Il n'y a pas de fatalité, il y a une France d'après ...Les français ont envie d'une France où la promotion sociale sera accessible à tous ceux qui s'en donnent les moyens, par leur travail, par leurs efforts, par leur mérite. Ils ont envie de travailler plus pour gagner d'avantage". L'expression "La France qui se lève tôt" vient alors dans ce sens présenter tous les français qui se bougent pour un avenir meilleur. Autant les actifs que les chômeurs que les femmes et que les personnes âgées. Toutes les générations sont représentées dans ce clip.

Pourquoi a t"il décidé si tôt (1 an et demie avant le début de la campagne) de se positionner sur le terrain du travail ? Parce qu'il a vu que ce serait le thème principal de la présidentielle avec le pouvoir d'achat. Aucun thème n'est de droite, aucun thème n'est de gauche, c'est le regard porté sur ce thème qui change. "La France qui se lève tôt" est alors l'expression de droite qui répond à la célèbre phrase d'Arlette laguiller "travailleuses, travailleurs".Partant du principe que c'est un thème que la gauche c'était aproprié, il a voulu préparer le terrain en proposant une vision du travail de droite. Voilà aussi pourquoi à mon avis il est allé très tôt parler de Jaurès et de Blum. Il a voulu faire siennes les thématiques qui allaient être au coeur de la campagne. On a ainsi l'impression que pour chaque thème qui sort pendant cette campagne, la droite a des réponses (voire même que les thèmes dont on parle sont proposés par le candidat de droite) et c'est vrai car elles ont été préparées par les militants bien avant la présidentielle. C'est dans ce contexte qu'est né le mouvement des Jeunes Actifs qui ont rendu leurs propositions de terrain (lors de débats participatifs:) à leur candidat.  

Je suis alors décue maintenant d'entendre "Les gens qui se lèvent tôt" dans une logique d'opposition avec ceux qui ne se lèveraient pas tôt. C'est à dire notamment ceux qui ne travaillent pas en entreprise ou dans la fonction publique: les chômeurs, les personnes agées, voire les femmes/pères au foyer.

Excuses moi alors Rémy si j'ai planté ton podcast, mais une moitié corse-moitié bretonne, c'est dur à gérer !:)
 En cette période électorale, nos hommes politiques -qu'ils aient fait l'ENA ou soient avocat- font tous appel à d'habiles plumes pour leur écrire leurs discours. Exprimer ses idées lors d'un dîner entre amis est une chose, le faire à la télévision en est une autre. Comme Thucydide le rappelait à Périclès: "L'homme qui sait penser et ne sait pas exprimer ce qu'il pense est au niveau de celui qui ne sait pas penser". Le discours politique est soumis à des règles qui vingt siècles plus tard sont toujours valables.

L'homme politique est seul ....
On notera 3 moments de communication différents:
 - La communication interpersonnelle  dit en face à face. Par exemple un dîner entre amis. La communication est alors verbale et non verbale .
- La communication à distance entre une personne et un public. Par exemple un meeting. La communication est alors verbale et non verbale.
- La communication télévisuelle entre une personne et un public télévisé. La communication est constituée de paroles et d'images.

La communication télévisuelle est alors la plus difficile, car elle ne permet pas à l'homme politique de réajuster son discours en fonction des réactions de son public . A la différence d'un discours de meeting ou l'homme politique doit amplifier sa voix et ses gestes, tout ce qui est excessif doit être gommé pour ne pas être rejeté (Voilà pourquoi il est difficile à une homme politique comme Nicolas Sarkozy d'être à la fois dans le show comme au théâtre lors d'un meeting, et d'être à l'opposé à la télévision). Le débit des mots doit rester à une vitesse entre 140 à 170 mots à la minute. La gestuelle doit être sobre et le contenu du message simple. Enfin, une véritable improvisation relèverait de l'inconscience. C'est là qu'apparaissent les journalistes qui permettent ainsi de modifier ce sentiment de solitude. C'est pourquoi le téléspectateur qui ne peut pas être physiquement présent à tendance à se projeter sur le journaliste et à l'accuser -comme j'ai pu le voir lors de l'intervention de Ségolène Royal sur TF1- de ne pas poser la bonne question.

Il utilise un registre émotionnel et non rationnel...
Alors que l'écrit et les discours de meeting laissent le temps de développer des arguments logiques dits rationnels selon lesquels 1+1=2, la télévision favorise un discours émotionnel où pour convaincre, il ne faut pas démontrer mais montrer. Les hommes politiques utilisent alors des "flashs". Ce qui compte c'est l'impression laissé au téléspectateur. De quoi se souviennent bon nombre de français du passage télévisé de Ségolène Royal sur TF1? Le moment où elle s'est approchée pleine de compassion de la personne handicapée en fauteuil. Cette forme de communication ne met alors pas en avant ce qui est vrai, mais ce qui est vraisemblable.

Il n'élève pas le niveau culturel des Français.
La règle d'or est que le téléspectateur, ou plus globalement l'interlocuteur, n'est pas celui qui doit faire l'effort de compréhension. Les études menées depuis les années 1950 montrent qu'il existe sur le million de mots de la langue française, un "stock" de 2000 mots que tous les Français connaissent. C'est dans ce vocabulaire de tous les jours que les plumes de nos candidats doivent puiser pour expliquer des notions complexes avec des mots simples. Pour paraître à la fois spécialiste/crédible et compréhensible, on parle de la règle des 20/80: 80% de mots du français quotidien + 20% de vocabulaire plus spécialisé. Il faut ajouter un dernier "vocabulaire" : les "tics verbaux" qui vont permettre d'identifier l'orateur. C'est le cas du célèbre "je vous le dit comme je le pense" de Nicolas Sarkozy.

Face à la règle des 4P en marketing, on notera la règle des 4C du discours politique: Clair, court, cohérent, crédible.
Le message doit être clair: c'est à dire accessible à tous les français.
Court: le discours télévisuel étant par nature court.
Cohérent: Dur de faire cohérent en utilisant le registre émotionnel et non rationnel. Il s'agit alors de ne pas donner l'impression d'hésiter. D'offrir des certitudes même temporaires.
Crédible: Cette crédibilité dépend à la fois du contenu et de la personne qui le prononce. Ainsi on fera plus confiance en Michèle Alliot Marie qu'en Ségolène Royal pour parler d'une politique de Défense, peu importe les compétences de cette dernière. Je me demande à ce sujet si le fait d'être une femme n'est pas encore de nos jours un facteur de non crédibilité pour accéder au poste de président de la république française.

En cherchant à répondre à toutes les attentes, son discours peut sembler vide.
L'homme politique est comme un produit ,qui pour séduire, doit répondre aux attentes d'un citoyen consommateur. Le discours le plus vide est alors celui qui fait le moins peur. C'est le piège dans lequel est tombé Ségolène Royal, qui en voulant satisfaire tout le monde a donné l'impression d'être démagogue. Le succès d'un bon discours réside alors dans un équilibre difficile qui demande beaucoup de temps de préparation dont les hommes politiques en campagne manquent. Voilà pourquoi, même s'ils sont brillants, auront toujours besoin de bonnes plumes telles que Henri Gueno qui a mis du Blum et du Jaurès dans les discours de Nicolas Sarkozy.

Source d'inspiration: Gouverner c'est paraître de Jean-Marie Cotteret